21 May, 2026
Face à la malnutrition persistante, à la hausse du coût
de la vie et à la progression des maladies liées à une mauvaise alimentation,
les scientifiques sont appelés à jouer un rôle central dans la promotion d’une
alimentation saine pour tous au Sud-Kivu en particulier et en République
démocratique du Congo. Chercheurs, nutritionnistes, agronomes, médecins et
experts en santé publique disposent des compétences essentielles pour orienter
les politiques alimentaires du pays ainsi que les habitudes alimentaires basées
sur une identité culturelle et sociale respectueuse des normes et des standards.
Dans un
contexte où plusieurs ménages peinent à accéder à une nourriture équilibrée,
les scientifiques peuvent d’abord contribuer à identifier les causes réelles de
l’insécurité alimentaire. Grâce aux études de terrain, ils sont en mesure
d’analyser les carences nutritionnelles, les habitudes alimentaires, la qualité
des produits consommés ainsi que les défis liés à la production agricole.
Ngabo Prudent,
Expert en nutrition et sécurité alimentaire, affirme que le rôle des scientifiques est
également important voire stratégique dans l’amélioration de la production
locale. En développant des semences plus résistantes, en promouvant des
techniques agricoles durables et en valorisant les cultures locales riches en
nutriments comme le manioc, le soja, le haricot, la patate douce ou l’amarante,
les scientifiques peuvent aider à renforcer la production et la disponibilité
d’aliments sains et accessibles.
Des experts engagés pour influencer les politiques
alimentaires et améliorer ainsi la santé publique
« Dans le domaine de la santé, les spécialistes peuvent
sensibiliser la population aux bonnes pratiques nutritionnelles. Une meilleure
information sur l’alimentation des enfants, des femmes enceintes, des personnes
âgées ou encore sur les dangers de la surconsommation de produits transformés
permettrait de prévenir plusieurs maladies, notamment le diabète,
l’hypertension et l’obésité », explique
Ngabo Prudent.
De sa part, le
Président de la Ligue des Consommateurs des Services au Congo-Kinshasa, LICOSKI
asbl, Pasteur Janvier Makombe, indique que les scientifiques ont la
responsabilité d’éclairer les décideurs publics. Par leurs recherches, ils
peuvent recommander la mise en place de politiques favorisant la promotion de
la bonne gouvernance des systèmes alimentaires. Cela suppose l'amélioration de la
sécurité alimentaire, le renforcement du contrôle de la qualité des aliments
vendus sur les marchés, l’enrichissement nutritionnel de certains produits et
le soutien aux agriculteurs locaux.
Pour le pasteur
janvier Makombe, la collaboration entre universités, centres de recherche,
autorités publiques et communautés locales reste indispensable pour faire du
grand Congo un pays producteur dont la capacité de nourrir sainement son peuple
est une vision réalisable si toute les parties prenantes prennent l'engagement
et décident de travailler la main dans la main.
« Un Bukavu ou toute autre ville de la RD Congo
dépendant essentiellement des produits alimentaires en provenance de
l'extérieur constitue une grande interpellation vis-à-vis de l'élite
scientifique, politique, sociale, … invitée à briser la chaine de la misère
tributaire de la gouvernance hasardeuse et non éclairée des questions agricoles
et alimentaires ».
D’après
toujours lui, les systèmes alimentaires congolais sont en panne et il faut
absolument un déclic organisationnel de la part des scientifiques via des
plaidoyers de niveau stratégique pour influencer positivement les mesures et
les décisions étatiques pour le bien des consommateurs des produits
alimentaires et des producteurs locaux. Sans passerelle entre la science et la
communauté, les solutions risquent de rester dans les laboratoires, ce qui est
malheureux et inacceptable.
Dans le rapport « santé et nutrition scolaires », publié par l’UNESCO, dont sa
dernière mise à jour a eu lieu le 4 décembre 2025, il ressort que les
établissements scolaires peuvent promouvoir la santé physique et mentale et le
bien être de nombreuses façons. Cette démarche commence par l’inclusion de
sante et du bien-être dans les
politiques et les lois, les curricula, en créant l’environnement scolaire qui
soit favorable et propice à la sante, à la nutrition, au développement et à l’apprentissage,
grâce à des repas scolaires équilibrés et l’accès à des services de santé.
« Il faut également redoubler d’efforts de façon à associer les élèves et les
communautés et à s’assurer que le personnel éducatif scolaire et les
enseignants disposent des connaissances, des outils et du soutien
nécessaire », peut-on lire dans ce rapport.
Garantir une
alimentation saine pour tous suppose une implication conséquente et manifeste
de toutes les couches de la population et de l'élite dans tous les domaines de
la vie. Garantir une alimentation saine pour tous est un défi national,
interprovincial et interurbain qui exige la prise de conscience collective
ainsi que le travail en synergie pour transformer les connaissances issues des
recherches en solutions concrètes pour le bien-être collectif sur le plan
alimentaire et sanitaire.
Maguy Ombe/ Chargée de Communication.